02 octobre 2009
Lettre ouverte au Président de la République
Lettre ouverte au Président de la République
par
le Réseau des enseignants du primaire en résistance
Le Réseau national des enseignants du primaire en résistance dénonce les sanctions injustes prises à l'encontre de certains collègues traduits en commission disciplinaire. Ces sanctions pour l'exemple sont indignes d'un pays qui prétend être une démocratie et qui se targue d'être la patrie des Droits de l'Homme.
Nous dénonçons le déplacement d'office d'Erwan Redon à Marseille et toutes les sanctions pour délit d'opinion frappant les enseignants en résistance. Nous déclarons aux plus hautes autorités de l'Etat que nous n'acceptons plus les réformes idéologiques, inutiles et néfastes qui sapent les fondements de l'école publique.
De nombreux enseignants du primaire ont signé et continuent à signer, en cette rentrée, la Charte de la résistance pédagogique afin de préciser le sens de leur action et de leurs refus. Notre unique motivation est la défense de « l’intérêt supérieur de l´enfant » tel que défini dans la Convention Internationale des Droits de l´Enfant et celle du service public d’éducation.
Sanctionner l´un d´entre nous, de quelque manière que ce soit, c'est méconnaître l'honnêteté de notre démarche, c’est afficher un mépris incompréhensible et injustifiable pour les valeurs de respect, de coopération et de liberté que nous nous sommes engagés à servir.
Chaque fois que nous le pourrons, nous inviterons les parents d'élèves et les élus à revendiquer avec nous de vraies réformes de transformation de l’école, au service du progrès de tous les élèves.
Nous sommes entrés en résistance et y demeurerons tant que :
- nos collègues sanctionnés ne seront pas réhabilités.
- les postes d’enseignants spécialisés du RASED seront menacés et supprimés.
- la liberté pédagogique, inscrite dans la loi, ne sera pas respectée dans les faits.
- nos élèves seront fichés, alors que l’ONU demande des explications à la France.
- un vrai débat démocratique ne sera pas organisé pour construire l’école du XXIème siècle.
Veuillez recevoir, monsieur le Président, l’expression de nos salutations déterminées.
http://resistancepedagogique.org/site/
Réseau des enseignants du primaire en résistance
Enseignants sanctionnés : Courrier de l'ICEM au ministre
Enseignants sanctionnés : Courrier de l'ICEM au ministre
Une prise de position de l'ICEM qui ne peut que nous conforter voire nous réconforter.
À lire jusqu'au bout, une bonne claque à nos têtes de turcs en fin de mettre!!!.
Merci à Muriel et au CA de l'Icem.
Enseignants sanctionnés : Courrier de l'ICEM au ministre
Par Muriel Quoniam le 02/10/09 - 10:31
Dans :
Monsieur le Ministre,
Les réformes engagées depuis deux ans bouleversent considérablement l’école primaire. Ces bouleversements ne peuvent entraîner une efficacité accrue du système éducatif Français, comme en témoignent les nombreuses réactions de spécialistes de l’éducation, de scientifiques et d’anciens ministres de l’éducation Nationale. Cela inquiète une majorité d’organisations dévouées à l’enfance ainsi que la Ligue des Droits de l’Homme. L’ONU par l’intermédiaire du Comité des experts aux Droits de l’enfant a interpellé la France sur sa mise en oeuvre de la Convention internationale des droits de l’enfant justifiant l’action des directeurs d’école qui refusent le fichage des enfants dans Base Elèves.
Un certain nombre d’enseignants ont choisi de résister à la dégradation du service public d’éducation. Ces professeurs des écoles ou directeurs, forts de leur conscience professionnelle et de leur investissement personnel dans leur travail, ont choisi d’être en accord avec leur conscience.
Que reprochent ces enseignants dits « désobéisseurs » à ces mesures ?
1. Elles ont été prises sans concertation ni consultation.
2. Les recherches des quarante dernières années sur l’enseignement et la pédagogie ont été complètement niées et même méprisées.
3. La réduction de vingt-six heures à vingt-quatre heures hebdomadaires n’était revendiquée par personne, ni les syndicats d’enseignants, ni les fédérations de parents d’élèves, ni les partis politiques. Au contraire, les chronobiologistes recommandent depuis longtemps un allégement du volume horaire quotidien mais pas du nombre de jours ! Les expériences de semaine à quatre jours menées depuis plus de dix ans n’ont jamais établi une amélioration de l’efficacité scolaire.
4. Les programmes 2008, plus lourds en ce qui concerne l’enseignement du français et des mathématiques (ce qu’on appelle « les fondamentaux»), réduisent la part de la recherche, de l’expression, de la création, pourtant universellement reconnues comme indispensables aux apprentissages. Des notions de français ou de mathématiques, qui avaient été écartées des programmes parce que jugées trop difficiles, sont de nouveau imposées, sans qu'il soit tenu compte du temps nécessaire à l’appropriation de ces savoirs.
5. Les programmes précédents (2002 puis 2007), à peine mis en place, n’ont fait l’objet d’aucune évaluation. Il est souvent reproché à l’école de ne pas suivre l’évolution de la société : avec ces réformes, l’école fait un bond en arrière de plusieurs décennies !
6. Les deux heures d’aide personnalisée et les stages de remise à niveau, qui sont accompagnés de la réduction et de la transformation des missions des enseignants des RASED, ne réduiront pas la difficulté scolaire. Les deux heures hebdomadaires d’enseignement supprimées pour tous manquent aux enfants fragiles, lents pour parfaire leurs apprentissages. Elles manquent aussi aux enseignants qui sont contraints de diminuer les horaires de pratiques indispensables à un développement harmonieux de chaque enfant.
7. Les évaluations nationales CM2 passées en janvier ne pouvaient en aucun cas permettre de déterminer les compétences acquises puisque certains item portaient sur des points du nouveau programme non encore travaillés par les enfants à cette date. Dans les évaluations de CE1, le texte principal proposé aux enfants pour de nombreux items de français était destiné, par l'éditeur lui-même, aux enfants de cycle 3.
Des enseignants qui ont résisté à l’application de ces mesures, tout en continuant d’effectuer leur travail suivant leur conviction et leur savoir-faire sont menacés de lourdes sanctions : retraits de salaire, retraits de fonction de direction, notes pédagogiques bloquées, avancements retardés voire rétrogradation, etc.
Pourtant d’autres collègues s’étaient élevés, durant ces dernières années, contre des réformes ou des programmes : M. Marc Le Bris, Mlle Rachel Boutonnet ont écrit des livres et se sont exprimés dans les médias pour fustiger la loi d’orientation de 1989, l’apprentissage de la lecture par le sens, refusant ouvertement d’appliquer les programmes. Ces enseignants ont été honorés récemment par le gouvernement :
invitation à l’Elysée pour l’un, décoration de l’Ordre National du Mérite pour un autre. Quel sens faut-il donner à une telle valorisation de la désobéissance lorsque nos collègues sont lourdement sanctionnés pour des actions similaires ?
Que faut-il penser ?
Ne laissez pas, Monsieur le Ministre, la France sans une éducation créative, ambitieuse, émancipatrice sous couvert de réduire les dépenses.
Ne laissez pas, Monsieur le Ministre, la France sans un corps enseignant capable de réflexion, d’inventivité, de réactivité sous couvert d’autoritarisme.
Pour toutes ces raisons qui attestent du sérieux et du professionnalisme de ces enseignants, nous vous prions, Monsieur le Ministre, de bien vouloir demander aux Inspecteurs d’Académie de cesser toute poursuite envers des enseignants et directeurs d’école qui oeuvrent pour la France et son avenir, dans le respect des droits de l’Homme et celui des Droits des Enfants.
Dans cette attente, nous vous adressons, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.
Pour le Conseil d’Administration de l’ICEM,
La présidente, Muriel Quoniam
Le site de l'ICEM: http://www.icem-pedagogie-freinet.org/