Résistance Pédagogique 16

Un blog entièrement consacré à l'actualité de la lutte contre la mise à sac du service public d'éducation.

08 avril 2009

Lettre ouverte aux élus de la République

LES INSTITS «RÉSISTANTS» EN APPELLENT AUX ÉLUS
Dans le <Charente libre du 7 avril 2009 : http://www.charentelibre.com/article-11-les-instits-resistants-en-appellent-aux-elus.html?id_article=264693


07.04.2009

Sylviane CARIN


Il était déjà à l’origine du collectif des enseignants résistants au lendemain de la grève du 20 novembre. Sébastien Goyer, l’instituteur de Saint-Front, a repris la plume pour écrire aux élus de la République (maires, députés, sénateurs). La lettre a circulé sur le net et a été amendée par certains de ses confrères. Dans la petite école de Saint-Front qui fleure bon les expérimentations, ils sont deux enseignants ce soir-là à en parler.

Lui, Sébastien, la trentaine passée, conseiller municipal dans sa commune, ancien prof de boxe, huit ans de primaire et des cours en lycée agricole derrière lui. Elle, Pascale Protzenko, la quarantaine, vingt-sept ans de primaire et de maternelle derrière elle, aujourd’hui à la tête d’une moyenne et d’une grande section à Chasseneuil. Sébastien et Pascale ont la passion de leur métier. Ils ne sont pas contre les réformes.Ils plaident pour une meilleure formation des enfants. Défendent un rythme mieux adapté à leurs besoins.

N’acceptent pas la semaine de quatre jours et la surcharge des journées pour les écoliers en difficulté par le biais des deux heures hebdo flottantes. Ils s’indignent que «la France soit devenue le pays européen où le nombre de jours d’école est le plus faible: 139 contre 188 en Finlande». Ils refusent le «démantèlement» des réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté (Rased) et le retrait des postes de l’Éducation nationale détachés dans les associations éducatives (Fédération des Œuvres laïques, Pupilles de l’enseignement public...). Ils redoutent «deux réformes en préparation»: celle des jardins d’éveil qui pourraient se substituer aux maternelles et celle des Établissements publics d’enseignement primaire (Epep) qui condamnerait les petites écoles. «C’est une attaque en règle contre des choses qui n’existent pas», corrige Jean-Yves Bessol, l’inspecteur d’académie.



«On veut faire

notre boulot correctement»



Mais de tout ça, il est question dans le courrier adressé aux élus comme il en a été question tout au long de l’année. Le collectif, constitué de 2.610 membres en France dont 73 en Charente, est aussi à l’origine des nouvelles formes de contestation. Sur la Toile et sur le terrain avec les nuits des écoles notamment.

Près de la moitié d’entre eux sont des militants de la pédagogie Freinet. Très impliqués dans leur métier, ils dénoncent «les mensonges» de leur ministre. «Se sentent déconsidérés» selon Pascale Protzenko. Pour marquer leur résistance, ils disent ne pas appliquer les derniers programmes en date qu’ils jugent «passéistes». «On continue de travailler comme avant sur les bases du programme de 2002, réformé en 2007, qui met les enfants en situation de recherche. On ne passe pas d’une position d’acteur à une position de receveur», argumente Sébastien Goyer. «En maternelle, il est important qu’on les fasse manipuler plutôt que de leur donner des fiches», appuie Pascale Protzenko.

Ils savent aussi qu’ils ne sont pas les seuls à refuser les nouveaux textes. Eux le revendiquent ouvertement. Devant les médias. Devant l’administration qui les rappelle à l’ordre et à leur devoir de réserve. «J’aimerais qu’on revienne à plus de modération. Je ne peux pas entendre qu’on n’applique pas les programmes», commente Jean-Yves Bessol.

Opposés aux deux heures supplémentaires réservées aux seuls élèves en difficulté, ils adaptent cette aide personnalisée à leur manière. Sébastien prend la moitié de la classe une quinzaine de mercredis par an. Pascale propose des activités «ensemble ou par petits groupes à géométrie variable».

«L’apprentissage se fait mieux en milieu hétérogène. Ce n’est pas en isolant certains enfants qu’on avance», affirme l’institutrice. Avancer, c’est leur souhait. «Ce qui est proposé aujourd’hui n’empêche pas aux élèves d’avancer», tempère l’inspecteur d’académie.

Pas révolutionnaires, juste «désobéisseurs» comme le dit Sébastien ou «évolueurs» comme préfère Pascale. Ils ouvrent la porte à ceux qui ne vont pas vers les syndicats même s’ils reconnaissent qu’il faut une représentation syndicale pour la négociation. «On veut faire notre boulot correctement», répètent-ils comme ultime plaidoyer à leur combat.

Posté par programme2008 à 22:02 - Dans les médias - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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